La télégraphie sans fil, la TSF

La fin du XIXème siècle est marquée par les premiers essais de transport de l’énergie électrique sans support filaire, ce qui allait donner naissance à la télégraphie sans fil. Exploitant les découvertes scientifiques de cette fin de siècle, l’inventeur italien Guglielmo Marconi établit en 1895 la première liaison TSF, d’une portée de plus de 2 kilomètres. En mars 1899, il envoie à travers la Manche un message au professeur Branly. En septembre, c’est la première communication transatlantique sans fil, entre l’Angleterre et Terre-Neuve.


Un jeune officier sapeur télégraphiste s’enthousiasme pour ces nouvelles techniques dont il perçoit immédiatement l’intérêt, tant pour leurs applications civiles que militaires. Le lieutenant Ferrié est instructeur au sein de la jeune école militaire de télégraphie électrique du Mont Valérien, site élevé initialement choisi pour ses capacités en télégraphie optique.


Gustave Ferrié met en place les premiers équipements fixes et mobiles qui montrent leur efficacité en 1902, après l’éruption de la montagne Pelée sur l’île de la Martinique. Pour organiser les secours, le ministère des colonies demande en urgence l’établissement d’une liaison entre la Guadeloupe voisine et la Martinique, ainsi que l’aide des militaires. La liaison, réalisée 70 jours après l’éruption compte tenu des délais de transport des équipements nécessaires, permet la coordination des secours et la reconstruction de la ville de Saint Pierre.

Les premières expérimentations du capitaine Ferrié utilisent des petits ballons gonflés au gaz d’éclairage. Appliqués entre Lorient et Belle Ile, puis entre Belle Ile et le phare de la Courbe en Gironde, ces essais confirment que la valeur du champ électrique dépend très largement de la hauteur effective de l’antenne et conduisent le capitaine Ferrié à rechercher des hauteurs très élevées.

C’est à la même époque que la Tour Eiffel, jugée comme un vestige encombrant de l’exposition universelle de 1889, a vu sa destruction différée, faute de crédits suffisants. Elle s’élançait au milieu d’un terrain vague, véritable brousse où l’on venait chasser le lapin. Le nombre de visiteurs ne garantissait plus sa rentabilité financière, tandis que le prestige de son fondateur, Gustave Eiffel, était fort entamé par l’affaire du canal de Panama. Soutenu par ce dernier, le capitaine Ferrié obtient l’autorisation d’y installer un laboratoire.

Les liaisons se révèlent excellentes, que ce soit avec les places fortes du Nord ou avec les forts des environs. Ferrié constate que, malgré la masse métallique du monument qui absorbe une partie de l’énergie, les portées atteignent facilement plus de 400 kilomètres : les essais sont couronnés de succès. A partir de 1907, les émissions de la Télégraphie sans fil touchent très rapidement le monde entier : cet intérêt reconnu comme stratégique va définitivement sauver la tour Eiffel.